La Vielle à Roue en Provence

 

Cette page a pour but de présenter les liens entre la vielle à roue et la Provence, car on n'associe pas spontanément cet instrument à cette région !

Il est vrai que vu de l'extérieur, la Provence semble se limiter musicalement au couple galoubet-tambourin. Les musées du folklore, les conservateurs des traditions populaires ont voulu illustrer chaque région par un costume traditionnel, une recette culinaire spécifique, un instrument de musique identitaire …

              Ainsi : la cabrette est associée à l'Auvergne, le biniou à la Bretagne, le galoubet à la Provence etc.

 

Cependant, il serait réducteur de ne pas parler de tous les autres instruments. Dans notre région, selon les contrées, le galoubet est d’ailleurs quasi inexistant, laissant la place au couple fifre / bachàs (tambour), aux violons, à d'autres moins connus ou introduits plus récemment tel que l'accordéon diatonique.

 

Quant à la vielle à roue, ici comme dans d'autres régions, elle a su traverser les âges et a survécu, pour connaître actuellement un nouvel engouement.

 

 

Tableau de René Carrère,                      peintre vielliste à Mouans Sartoux
Tableau de René Carrère, peintre vielliste à Mouans Sartoux

 

 

Dès le XIII° siècle, la vielle y est attestée sous le nom de "sansonha", nom le plus répandu en occitan encore de nos jours. L'orthographe n'est pas fixée, le terme de "fonfònia", également relevé dans les dictionnaires, pouvant être une mauvaise interprétation du S long, forme ancienne de cette lettre souvent confondue avec le F. L'appellation la plus ancienne étant "sinfonia" qui a donné par ailleurs "chiffonie" en langue d'Oil, "zanfona" en espagnol, etc. On trouve également les appellations "viòla", "vièla de ròda", ou "viola".

 

 Le foyer  principal des joueurs de vielle et des fabricants de cet instrument se situait dans les Alpes méridionales. Un livre très intéressant "Sansougna" (Imprimix Nice 1991) nous livre des documents d'archives faisant référence aux joueurs de vielle et à leur localisation.

Deux courants de lutherie ont été plus renommés : celui de Péone (Alpes Maritimes) et celui d'Allos (Alpes de Hte Provence). Toutefois, de nombreux facteurs amateurs ont fourni bon nombre de vielles rustiques et non signées.

 

Les vielles de facture locale sont plates, en forme de guitare, à l'inverse des vielles du Centre plus généralement rondes en forme de luth.

 

Ci-dessous, deux vielles marseillaises (Collection privée G. Bonnet).

                         On remarquera sur la première, datée de 1760, le nom de Gairard, qui devait être celui du sonneur. Ce patronyme orthographié de la sorte est très peu courant. Il est, d'après un relevé généalogique du XVIII° siècle, essentiellement connu dans le département du Var.

 

 

Ainsi, les joueurs de vielle descendant du pays gavot (la montagne pour les habitants des plaines), traversaient la Provence pour demander la pièce, animaient les foires et les marchés, se louant pour les fêtes.

 

 

 

Jusqu'à nos jours, d'autres personnes se sont essayées à la confection de vielles, ci-dessous une vielle Dufour, luthier à Puyloubier (Bouches du Rhône). (Collection privée P. Paolini)

NB : Les mécanismes des chevilles ne sont pas d'époque.

 

 

 

                       Ci-dessous, trois vielles des années 1970 signées André Sakellarides (Luthier à Marseille, aujourd'hui facteur de quatuor à cordes).

 

 

Actuellement, un seul luthier professionnel est recensé en Provence / Pays nissart, il s'agit de Jacky Rageade, Le Broc (Alpes Maritimes).

 

 

 

Le vielleux a été représenté au sein d'une tradition des plus vivantes en Provence : la crèche.

Celle-ci met en scène la naissance de Jésus Christ (qui comme tout le monde le sait, est né en Provence !) avec des santons (petits-saints) figurines d'argile qui représentent les personnages des différentes pastorales et de la vie de tous les jours : bergers, paysans, lavandières, pêcheurs et musiciens …

Le joueur de vielle a toujours eu sa place chez les santonniers, il serait d'ailleurs l'un des plus anciens types de santons apparu vers 1820 (P. Fontant, La Crèche Provençale).

Ci-dessous un  diaporama de santons joueurs de vielle (Collection privée JP Bonnet,  et santons L. Guiomar).

 

 

 

La cigale, insecte emblématique de la Provence, a donné son nom à la corde ou au chevalet mobile sur laquelle elle repose, pièce caractéristique de l'instrument, nommé "chien" au-delà de la limite nord de présence de cet insecte !

Les sons de ces deux « percussions » sont très proches. En conséquence, il est compliqué pour un « vielaire » de travailler son coup de poignet, en plein été sous un pin !

 

 

À notre connaissance (recensement effectué avec les moyens du bord), il y aurait actuellement en Provence plus d'une cinquantaine de personnes jouant ou possédant une vielle.

Les Rencontres des Bourdons du Sud (Rencontres de sonneurs de cornemuses et de vielles à roue de la région PACA) permettent à bon nombre de sonneurs, parfois isolés, de se rencontrer et de pratiquer ensemble leur instrument.

 

 

Les dernières Rencontres :

2009 Cuges-Les-Pins (13), 2012 Salon de Provence (13), 2013 Coaraze (06).

 

Le site de l'association des Bourdons du Sud :

http://bourdonsdusud.e-monsite.com/